CONCLUSION
L’intégration d’infrastructures strictement techniques n’assure pas forcément la capacité de résilience, soit de résistance aux chocs, d’un projet de design urbain. Pour que le projet soit réellement durable et responsable, il doit considérer trois aspects fondamentaux (culturel/social/environnemental), qui, entre eux, établissent des bases solides pour les générations futures. Ici, c’est le paysage qui permet de développer un système à la résilience systémique. L’interaction entre les éléments du passé et les nouvelles composantes tissent un développement urbain ancré dans la mémoire collective, le soutien des activités quotidiennes de ses habitants et l’intégration des phénomènes environnementaux actuels et futurs. Le projet soutient bien les fondements du landscape urbanism : c’est par le paysage, son patrimoine culturel et ses espaces collectifs, que l’aménagement des rues, du lotissement et du bâti s’articule et prend son sens pour la collectivité. Soutenant les principes de développement durable, le projet est pensé pour évoluer au fil du temps : le plan d’ensemble est prévu pour d’adapter aux besoins économiques, technologiques, sociaux et environnementaux des années futures.
Le projet comporte toutefois quelques limites. D’abord, le projet, quoique bien avancé, n’est pas encore terminé. Nous ne possédons donc pas toutes les données en main afin de mesurer la portée réelle et complète de l’aménagement proposé. Bien que les concepteurs semblent avoir priorisé le parc et la structure du paysage dans l’ensemble de l’aménagement, il reste un des derniers éléments à devoir être construit. Bien que logique dans le déroulement des étapes de construction, ce morceau de paysage module énormément les flux dans le quartier et ancre l’identité du lieu. Nous ne pouvons donc pas savoir si les intentions de départ se sont toutes réalisées comme souhaité à l’origine. Ensuite, la végétalisation du site, que ce soit par des arbres, des plantes ou un recouvrement végétalisé au sol, demeure très contrôlée, ce qui est contraire à l’état naturel d’un tiers-paysage. Il est évident que de s’inspirer du tracé structuré de l’ancien réseau ferroviaire permet de renforcir la mémoire du lieu, mais tel qu’indiqué par Gilles Clément, un lieu anthropisé n’a pas la richesse de biodiversité qu’un ensemble primaire peut avoir. Toutefois, s’il est laissé davantage en friche, ce délaissé peut devenir un lieu aux dynamiques naturelles fortes.
L’analyse du projet de revitalisation de l’ancien terminal ferroviaire d’Aalborg nous pousse à réfléchir au paysage et à la nécessité de son caractère évolutif. En effet, la résilience passe par la capacité d’un lieu d’évoluer et de se transformer. Il faudrait donc davantage accorder d’importance au développement des projets en phases avec la capacité d’adaptation dans le temps selon les besoins réels actuels et futurs. À quoi bon tenter d’innover un projet à l’échelle locale s’il ne s’intègre pas au paysage auquel il appartient?